L'Oratoire de France

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"In nomine Jesu, omne genu flectatur coelestium, terrestrrium et infernorum" Philippiens 2,10


L’Oratoire de France regroupe des prêtres vivant en communauté,
sans prononcer de vœux de religion.
Il se consacre à des activités apostoliques diverses : 
éducation de la jeunesse, paroisses, recherche intellectuelle, aumôneries spécialisées.
Fondé à Rome en 1575 par saint Philippe Néri, l’Oratoire a été introduit en France au XVIIe siècle
par Pierre de Bérulle, initiateur de « l’Ecole Française de Spiritualité ».
Dissous en 1792, l’Oratoire a été restauré en 1852.
Il regroupe actuellement 42 membres présents en 13 implantations.
L'Oratoire de France est une société de vie apostolique de droit pontifical.

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L'Oratoire de France

Maison Pierre de Bérulle
17 rue des Lyonnais
75005 PARIS
tél. : 01 44 08 76 00
fax : 01 44 08 76 16

L'esprit de l'Oratoire

Pierre de Bérulle fondateur de l'Oratoire de France

 

Des hommes attentifs

L’Oratoire n’a jamais imposé à ses membres un système de pensée ou une théorie de l’action qui leur permettrait d’affronter les incessantes questions de l’homme avec des réponses parfaitement élaborées et définitivement acquises. A travers ceux qui l’ont animé, il provoque cependant ses membres à une attitude d’esprit, à une manière d’être au monde, dont voici les traits essentiels :

 

En sympathie avec le monde

Il ne s’agit pas d’une admiration naïve à l’égard de tout ce qui constitue le monde. Après tout, l’Evangile est aussi sa contestation et une perpétuelle invitation à le dépasser. Etre en « sympathie », c’est « ressentir avec… ». C’est donc ici participer aux peines du monde comme à ses joies, c’est entrer avec lui dans ses problèmes et ses espoirs, et les porter avec lui. Cela demande une insertion vécue dans le nœud de ses relations, sans quoi la foi devient irréelle et insignifiante. Et puis, après tout, « la nature est de Dieu ». Il faudrait beaucoup de suffisance pour la mépriser.

« Il nous faut accueillir ce monde tel qu’il est. Vivre par sympathie ses idées, ses aspirations, ses illusions. Nous mettre avec lui dans le rang pour faire œuvre scientifique et philosophique. Nous poser la question qu’il se pose. Sentir les difficultés auxquelles il se heurte. Souffrir ses doutes et porter le poids de ses négations. C’est en nous laissant pénétrer par lui et en cherchant avec lui, que nous pourrons l’amener à retrouver, avec nous, le sens du christianisme qu’il a perdu. Le Christ nous a communiqué sa vérité en partageant notre humanité. » (Lucien Laberthonnière, 1905)

 

Un effort d’intelligence et de culture

Pour « vivre avec…», un véritable travail est indispensable, dans une double fidélité :
* au monde, par une analyse rigoureuse des conditions concrètes dans lesquelles se déploie la vie de l’homme d’aujourd’hui. On n’évangélise pas les personnes en profondeur sans évangéliser les cultures,
* à la Parole de Dieu qui demeure le point de référence, même si les interprétations théologiques sont inévitables et nécessaires.

« L’Eglise n’investit pas le meilleur de ses forces dans le domaine de la recherche et de l’intelligence croyante. On le paiera cher. Ni le piétisme niais, ni l’agitation pastorale, ni la répétition de slogans ne peuvent suppléer à la carence de la pensée. On n’ose pas aborder les problèmes de fond. On se perd en inventions de recettes, de trucs publicitaires qui sont des excitants ou des calmants, et non une nourriture saine et substantielle.» (Pierre Dabosville, 1950)

« Nous n’avons pas seulement à contempler la vérité, nous avons à marcher pour l’atteindre. C’est que la vérité ne consiste pas en idées définies ou définissables, mais en cette réalité vivante et complexe qui s’appelle l’être de Dieu et l’être des autres.» (Lucien Laberthonnière, 1904)

Il faut faire la vérité pour venir à la lumière.

 

Le respect de la personne humaine

On donnait beaucoup d’importance aux autorités et la soumission était une valeur reconnue. Mais la liberté, l’égalité et la fraternité semblent plus conformes à la dignité humaine. C’est la reconnaissance de la personne en son irréductible originalité. Ainsi, l’éducation cultive la prise en charge par eux-mêmes des personnes et des groupes, ce que faisaient déjà les collèges oratoriens du XVIIe siècle. Etre homme, c’est être libre et faire en sorte que les autres le soient. « Régir une âme, c’est régir un monde, un monde qui a plus de secrets et de diversités, plus de perfections et de raretés que le monde que nous voyons ». (Pierre de Bérulle, fondateur de l’Oratoire)

« L’école n’est pas seulement un lieu de transmission du savoir, mais un lieu de communication des consciences. » (Pierre Dabosville)

« N’oublions jamais qu'un enfant n’est la chose de personne. Il n’est pas question de le dominer et, en le dominant, de le façonner comme une matière ou de le dresser comme un animal. Il s’agit de le servir pour, en partant de ce qu’il est et en suscitant ses énergies, l’aider à devenir ce qu’il doit être. » (Lucien Laberthonnière)

L’attitude oratorienne est faite de présence prévenante ; elle respecte le cheminement des consciences.

 

Une attention première à Jésus-Christ

L’exemple vient de haut : Dieu n’a pas craint de rejoindre, en Jésus-Christ, le monde des hommes et d’assumer son destin. Sa parole se fait homme, et par là devient audible. Alors Dieu peut, en mots humains (les seuls qui parlent) se révéler, lui, et révéler l’homme à lui-même. Il est aléatoire de chercher en ne contemplant que soi : en l’homme, Dieu se profile, Jésus est le passage obligé de l’un vers l’autre.

« Je cherchais mon âme, mais je ne la trouvais pas.
Je cherchais mon dieu, mon Dieu m’échappait.
Vous m’avez montré Jésus.
Avec lui, j’ai trouvé mon âme et mon Dieu.
Je cherchais deux choses et j’en ai trouvé trois.» (poème hippie)

Ces traits divers reflètent un même souci. Longtemps, la crainte d’être submergé a marginalisé l’Eglise, la laissant sur la berge de l’histoire. Le monde s’est alors construit sans elle et, souvent, contre elle. En réalité, l’homme ne rencontre que l’homme et si Dieu existe, c’est à travers l’homme qu’on peut le rencontrer. Dieu ne peut être présent là où les croyants ne le sont pas. 

 

Bérulle : une spiritualité d’incarnation

Ce que nous révèle l’histoire ? Une même démarche spirituelle dans la diversité des époques : saint Philippe Néri au XVIe siècle, le Père de Bérulle au XVIIe, le P. Laberthonnière au XXe siècle et tant d’autres… Ils enracinent toujours leur action et leur réflexion dans la quête de Dieu. Dans la richesse et la diversité de leur personnalité, ils se révèlent hommes d’action, solidaires de l’homme, souffrant avec lui, vivant ses espoirs, ses rêves et même ses illusions et ses échecs. Ils ne se retirent pas du monde. Qu’est-ce qui fait l’unité de leur démarche spirituelle ? On le découvre en regardant leur maître : Pierre de Bérulle. Trois traits caractérisent son inspiration :

Chercheur de Dieu

Au sortir du Moyen Age et de ses structures religieuses, la Renaissance, qui mit l’homme au centre du monde, parut menacer la foi : l’homme risquait de remplacer Dieu. Bérulle en eut le sentiment. Il voulut remettre les choses à l’endroit : l’homme ne peut être homme qu’en se définissant par rapport à Dieu, seul véritable centre du monde.


Dieu

Bérulle appuie sa foi sur une conscience aiguë de la grandeur divine. Il est saisi d’admiration en sa présence.« O Etre, source et soutien de tout être ! Etre éternel, immuable, ineffable… Vous êtes tout et pouvez tout ; vous créez tout, vous conservez tout, vous régissez tout. Tout est à vous, tout est pour vous, tout est par vous. Que toute chair et esprit vous loue, vous aime et vous adore en tous les siècles des siècles. » (Bérulle)

Avec un regard semblable, mais dans un langage nouveau, trois siècles plus tard, le Père Dasboville écrira à son tour :

« L’homme ne se comprend pas ! Quand il cherche à prendre sa taille, l’esprit éprouve, devant les perspectives qui lui sont offertes, le vertige de l’infini. Mais au sein des plus douloureuses contradictions de sa vie intérieure, l’homme peut découvrir Dieu. »

L’homme

Lecteur passionné de saint Augustin, Bérulle communie aussi à l’expérience humaine dans sa complexité. Le vertige de la contemplation, dans un même regard, de l’infini de Dieu et de la finitude de l’homme lui suggère des formules que reprendra Pascal. « L’homme est composé de pièces toutes différentes. Il est miracle d’une part et de l’autre néant. Il est céleste d’une part et corporel de l’autre. C’est un ange. C’est un animal. C’est un néant et c’est un miracle. C’est un Dieu, un néant environné de Dieu, indigent de Dieu, capable de Dieu et rempli de Dieu s’il veut. » Avec un regard semblable, mais dans un langage nouveau, trois siècles plus tard, le Père Dasboville écrira à son tour : « L’homme ne se comprend pas ! Quand il cherche à prendre sa taille, l’esprit éprouve, devant les perspectives qui lui sont offertes, le vertige de l’infini. Mais au sein des plus douloureuses contradictions de sa vie intérieure, l’homme peut découvrir Dieu. »

 

L’homme devant Dieu

Dans ces conditions, vouloir être la fin de soi-même et référer tout à soi ne peut être qu’une aberration mortelle. Dieu est notre fin. Il nous faut tendre vers lui. « Dieu nous créant en cet univers, nous a donné un instinct et mouvement de retour vers lui-même : « Tu nous a faits pour Toi ». Il nous a référés à lui-même. Et ce mouvement est inséparable de la créature et durera éternellement. Et nous devons, en adorant le Créateur, nous rendre au mouvement universel que sa main toute puissante a imprimé dans l’intime de la créature vers son Créateur. » (Bérulle)

Cette tension vers Dieu est une réponse au don qu’il nous fait. C’est le retour de l’adoration. Venus de Dieu, nous retournons vers lui. Il est tout à la fois le principe et le but de notre existence. Qu’il en soit l’âme au jour le jour.

« L’homme est tiré du néant et est comme un néant qui ne peut ni être ni agir hors de la main de Dieu. Cette vérité nous oblige à ne vouloir que ce que Dieu nous fait être, à ne vouloir être que dans ses mains et en lui, à ne vouloir agir qu’avec lui. » (Bérulle)

Seul Dieu nous fait être. Que serait la lumière sans soleil ?

« Comme le soleil, premier astre lumineux, est une source vive de toute la lumière qui se répand au ciel, en l’air et en la terre, et comme cette lumière émanée de lui n’a aucune consistance en elle, mais a un besoin continuel de la présence de son soleil, ainsi Dieu est le premier et le suprême existant, Dieu est une vive source de tout être créé. C’est pourquoi Dieu porte en ses qualités celle-ci qui est la principale et comme sa devise : Celui qui est. » (Bérulle)

 

Mais de quel Dieu s’agit-il ?

La question est d’importance. Trop d’images et d’idées diverses ont brouillé le visage de Dieu ! Et la religion elle-même a souvent provoqué une évasion hors de la vie concrète. Mystiques mal contrôlées, mépris plus ou moins malsain du monde, compensations de frustrations mal dépassées… ont occasionné de multiples dérives vers un Absolu sans contact avec la réalité. L’absence de Dieu, aujourd’hui, tient peut-être à son extradition par les croyants eux-mêmes – en fait, des mal croyants qui l’ont désincarné – le rendant insignifiant et irréel. Etonnante dérive chez les chrétiens qui disent croire au mystère de l’incarnation ! Alors, pour Bérulle, de quel Dieu s’agit-il ?

Jésus-Christ, Dieu et homme

Fasciné par le mystère de Dieu, Bérulle l’est peut-être encore plus par Jésus. Il découvre en lui l’homme « capable » de Dieu et « chercheur de Dieu ». C’est lui qui réalise cette union intime où s’expriment le projet de Dieu et la vocation de l’homme. « Le Verbe s’est fait chair ; il a habité parmi nous ». Bérulle est resté dans l’histoire l’apôtre du « Verbe incarné ».

 

Prélude

En créant l’homme, Dieu ne pensait-il pas déjà au Fils qui prendrait corps sur la terre des hommes ?

« La Lumière et la puissance de la nature ne connaît point un plus grand miracle que l’homme ; aussi, Dieu créant le monde, s’est arrêté en sa production, au sixième jour comme au dernier de ses œuvres et au plus grand. Mais il me semble que l’homme, que Dieu a fait à son image en la création, est plus encore à l’image de l’homme-Dieu, Jésus, en qui il est recréé et mené à sa perfection… et donc que Dieu, faisant l’homme, faisait comme un prélude du mystère de l’Incarnation. Qui n’admirera le soin particulier de Dieu en cet ouvrage ! Aussi il me semble que Dieu qui voit les choses futures dans les présentes, voit en cette œuvre de la création, celle de l’Incarnation… et qu’il se plaisait à penser au Second Adam en façonnant le premier. » (Bérulle)

 

Un don révélateur

Bérulle ne cesse d’évoquer avec admiration le don de Dieu en Jésus-Christ. Il voit dans son incarnation comme une sortie, une extase du Fils donné aux hommes par amour :

« extase admirable en laquelle Dieu, sortant comme hors de soi, entre dans l’être créé et y établit pour toujours le triomphe de son amour. Amour du Père qui lui arrache le cœur pour le donner à l’homme. »

Le Fils de Dieu se dépouille de sa nature divine pour s’ouvrir à la nature humaine. Celle-ci est invitée en retour au même dépouillement pour s’ouvrir à Dieu. En Jésus se disent à la fois le secret de Dieu et le mystère de la destinée humaine.

« Ainsi Dieu incompréhensible se fait comprendre en cette humanité. Dieu ineffable se fait entendre en la voix de son Verbe incarné. Et Dieu invisible se fait voir… Il s’unira de si près à la fange de notre nature qu’il se fera lui-même poussière ». (Bérulle)

 

Un Fils adorateur parfait

Dans le déroulement de sa vie d’homme, Jésus se révèle le Fils par excellence.

« De toute éternité il y avait bien un Dieu infiniment adorable, mais il n’y avait pas encore un Adorateur infini. Il y avait bien un Dieu digne d’être infiniment aimé et servi mais il n’y avait aucun homme, ni serviteur infini… aimant, adorant et servant la Majesté suprême comme elle est digne d’être aimée, servie et honorée… O Grandeur du Mystère de l’Incarnation… » (Bérulle)

Jésus est le seul véritable adorateur du Père. Il ne suffit donc pas que l’homme se reconnaisse comme créature pour adorer Dieu, il lui faut apprendre en Jésus à être librement « fils » pour adorer cet Amour infini.

 

Un homme nouveau

Pessimiste sur l’homme livré à lui-même, Bérulle devient optimiste quand il le regarde à la lumière de Jésus. Elle révèle un homme transfiguré. N’est-il pas une « capacité de Dieu » ? Un être inachevé, mais que Jésus accomplit ?

« Nous devons regarder notre être comme un être imparfait, comme un vide qui a besoin d’être rempli, comme une partie qui a besoin d’être accomplie, comme une table d’attente qui attend l’accomplissement de celui qui l’a faite, comme une couche première en la main d’un excellent peintre qui attend les vives et dernières couleurs. Et nous devons regarder Jésus comme notre accomplissement car il l’est et le veut être, comme le Verbe est l’accomplissement de la nature humaine qui subsiste en lui, car sa divinité accomplit son humanité. » (Bérulle)

 

Une foi en l’homme

Le Père de Bérulle nous propose de vivre à notre tour très concrètement le mystère de l’Incarnation :

« Jésus opérant notre sanctification durant le cours de sa vie a passé fidèlement, exactement, persévéramment par tous les pas et degrés de notre nature (vie)… Combien donc est-il plus raisonnable que celui qui se sanctifie durant le cours de sa vie, ne néglige et n’omette rien des obligations de cette vie, pour petites qu’elles lui paraissent, en cherchant avec la même fidélité et manière, se soumettant à tout par Amour. »

On ne saurait oublier ici que Bérulle, aussi contemplatif qu’il ait été, fut aussi un homme d’action engagé dans la politique de son temps.

 

Servir le sacerdoce

La réflexion de Bérulle sur le sacerdoce est la conséquence de sa recherche spirituelle. Elle résulte aussi de l’attention qu’il porte à l’état du clergé de son temps.

 

Incarnation et sacerdoce

Nul homme ne peut se faire Dieu. Mais Dieu peut se faire homme. Jésus réalise cette double appartenance – Fils de Dieu, communiant à l’homme jusque dans sa souffrance et sa mort. L’incarnation de Jésus le constitue prêtre, seul prêtre véritable. Il ne faudra pas oublier cela quand sera évoqué « l’état de prêtrise ».

« Par la puissance de l’Incarnation, l’humanité entre en cette sorte d’alliance et d’unité avec Dieu même : elle a au centre de son être une intimité avec dieu qu’elle ne peut avoir avec aucune autre nature. En conséquence, cette nature humaine étant l’abrégé de l’univers, le lieu où toutes les créatures sont récapitulées, il est évident que lorsqu’elle est unie à Dieu, l’univers qui est sorti de Dieu retourne à Dieu. » (Bérulle)

 

Au service du Corps du Christ, des prêtres

Bérulle, bien qu’évoquant de manière permanente les exigences qui découlent du baptême, conformément aux besoins de son temps, a le souci essentiel des « prêtres » ordonnés. Il s’agit, en continuant l’Incarnation, de faire naître et grandir ce corps. Quel chrétien, même laïc, ne se reconnaît dans ces lignes écrites par Bérulle à des « prêtres » et pour eux ?

« Chaque âme est un membre appartenant au corps du fils de Dieu. Car nous sommes tous greffés en lui comme le cep en la vigne ; nous sommes chair de sa chair et chaque âme fait partie du corps mystique et spirituel de Jésus : corps racheté de son sang, nourri de sa vie, vivant de son esprit et uni à son propre corps par l’Eucharistie… et notre soin et ministère est si digne et si élevé qu’il tend à produire et à former, à conserver et à perfectionner un mystère si grand. »

 

La perfection de « l’état de prêtrise »

Au temps de Bérulle, la situation du clergé n’était pas brillante. Une restauration paraissait urgente. D’autres se préoccupèrent de le réformer. Bérulle voulut lui rendre son âme. Cet objectif motivera la fondation de l’Oratoire, « congrégation de prêtres assemblés pour se disposer à la perfection de l’état de prêtrise ». Comment consacrer sans se consacrer ? Et cela « sans autres vœux solennels que ceux du baptême et du sacerdoce » ?

« L’état de prêtrise requiert deux points. Premièrement, une très grande perfection et même sainteté ; car c’est un état saint et sacré en son institution, c’est un office divin en son usage et ministère, et c’est même l’origine de toute la sainteté qui doit être en l’Eglise de Dieu. Secondement, il requiert une liaison particulière à Jésus-Christ, auquel nous sommes conjoints par ce ministère. » (Bérulle)

 

Demain comme hier

« Servir le sacerdoce… » Au XVIIe siècle, après avoir assuré un enracinement spirituel par l’introduction du Carmel, Bérulle « restaura l’ordre du presbytérat » car telle était l’urgence. Sa pensée est inévitablement marquée par son temps. Qu’en est-il aujourd’hui ?

A travers les expressions bibliques « Peuple de Dieu », « Corps du Christ », l’Eglise a remis en évidence sa responsabilité « sacerdotale »au milieu des nations. En tant que communauté de croyants, elle reçoit la mission d’être le prolongement de l’unique sacerdoce de Jésus, et c’est au service de ce sacerdoce que les prêtres sont ordonnés. Est maintenue l’affirmation selon laquelle Jésus, du fait de son Incarnation, fut et demeure le seul prêtre véritable. Le prêtre « ordonné » n’est pas médiateur comme seul le christ l’est. Le prêtre n’est pas Dieu ! Rien ne fera oublier qu’il est homme. Redire cela permet aussi de mettre plus explicitement en lumière le sacerdoce commun des baptisés au service duquel « les prêtres » sont ordonnés. La spiritualité bérullienne de l’Incarnation offre un appui pour cette redécouverte. Elle « donne une âme » aux responsabilités que reçoivent les baptisés dans l’Eglise. Sans elle, ces responsabilités ne seraient que l’exercice d’une fonction. Tous, nous sommes membres du Christ et nous constituons le seul corps du Christ, l’Eglise. Ce n’est pas dire que rien ne distingue prêtres et laïcs, ni que ceux-là n’ont plus de raisons d’être. Un corps ne peut vivre sans structure. Mais c’est révéler implicitement que la racine de tout sacerdoce est unique, à la fois ecclésiale et baptismale.

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